Chacun de nous est fait d’une collection de souvenirs, à l’image des Je me souviens, livre écrit par Georges Perec. Ils déterminent ce que nous pensons, comment nous agissons et prenons les décisions, et ils définissent même notre identité. Ce qui faisait dire à Platon que la mémoire est comme une tablette de cire vierge à la naissance sur laquelle s’impriment lentement les événements de notre vie. Pourtant, les neurosciences démontrent maintenant que notre mémoire n’a rien d’un journal autobiographique dont on pourrait tourner les pages depuis l’entrée en maternelle. Elle est infiniment plus complexe qu’un livre ou même que toute une bibliothèque et dotée d’une capacité de stockage phénoménale.

Nos souvenirs ne sont pas des informations rangées dans notre cerveau comme des livres sur des étagères, mais des pages éparpillées dans des rayons en réalité des réseaux de neurones, consacrés aux images, aux sons, aux odeurs, etc. Selon que l’on est plutôt visuel ou auditif, physionomiste ou doté d’un bon sens de l’orientation, on retient plutôt telles ou telles informations, surtout celles chargées d’émotions, comme les détails des événements associés à une grande joie, une grosse frayeur. Les informations qui deviennent des souvenirs ne sont donc pas stockées et remémorées telles quelles. Pour s’ancrer durablement, elles doivent passer par trois étapes : l’apprentissage, le stockage, la récupération. Chacun de ces processus doit parfaitement fonctionner pour ne pas oublier, et chacun peut être facilement perturbé, ce qui explique que notre mémoire phénoménale ait tant de trous.

L’apprentissage ou encodage

L’information perçue est d’abord encodée pour s’inscrire sous une forme stockable dans un réseau de neurones. Plus cette donnée est traitée en profondeur, donc comprise, mieux elle sera mémorisée. Ainsi, vous retiendrez plus aisément une liste de mots dont vous avez cherché les définitions dans le dictionnaire qu’une liste de mots dont vous avez compté les nombres de lettres. Et pour enregistrer l’information sans s’encombrer de souvenirs annexes dénués d’intérêt, il faut être concentré, attentif et motivé. Mais pas trop, sinon vous risquez de provoquer une excitation qui gênerait la qualité et la précision de la mémorisation. Le stress comme la distraction expliquent donc bien des oublis par défaut d’encodage.

Les informations sensorielles venant de l’extérieur, traitées par les zones sensorielles du cortex, convergent vers l’hippocampe, porte d’entrée de la mémoire, puis vers le lobe frontal gauche qui va les analyser.

Le stockage

Apprendre et analyser une information ne suffit pas à la retenir durablement. Une blessure à la tête peut faire perdre l’information encodée ou celle-ci risque de fondre et devenir floue si le stockage d’autres souvenirs interfère avec elle dans des réseaux de neurones. Afin que le souvenir à court terme s’incruste durablement dans ces circuits, rien ne vaut le rabâchage. Plus on répète, mieux on mémorise.

Les souvenirs à court terme sont conservés sous forme d’augmentation transitoire de neuromessagers dans les connexions entre les neurones, les synapses. Les souvenirs dits à long terme sont, eux, liés à des modifications structurelles des synapses. Un souvenir se forme à partir d’émotions et d’informations visuelles, olfactives, auditives, tactile, etc. que le lobe frontal disperse dans les zones dédiées du cerveau. Ainsi, la mémoire transitoire devient durable en multipliant les connexions entre les aires concernées, tandis qu’un processus d’inhibition empêche un stockage supplémentaire. La répétition de l’information réactive les réseaux qui la conservent et rend la stimulation plus forte que cette inhibition, facilitant ainsi le stockage.

La récupération

C’est souvent à ce niveau que notre mémoire flanche, donnant l’impression qu’on a le mot sur le bout de la langue. Toutes les mémoires, qu’elles soient inconscientes ou conscientes, peuvent être utilisées pour cette phase de récupération. Et ce, avec d’autant plus d’efficacité que le stockage aura été consolidé par la répétition. Chaque information est encodée sous de nombreuses formes, rarement toutes effacées. Si vous ne retrouvez pas un nom à partir d’un indice, un autre vous y ramènera sans effort : des détails du passé peuvent ressurgir, déclenchés par un mot, par une image ou par le goût d’une madeleine trempée dans une tasse de thé. À l’inverse, les souvenirs lointains peuvent être reconstitués au prix d’un effort mental qui fait passer en quelques secondes d’impressions générales (mon enfance) aux détails, selon un mode hiérarchique dépendant de la mémoire à court terme : ma jeunesse, mes vacances chez ma tante, le goûter dans son jardin, la madeleine, l’émotion… Ce rappel réactive l’ancien souvenir et donne naissance à un nouveau, le souvenir du souvenir, qui se superpose au précédent.

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