Les substances per- et polyfluoroalkylées, plus connues sous le sigle PFAS (persistent fluorinated substances) sont une famille de plus de 4 700 molécules chimiques de synthèse, qui associent carbone et fluor. Produites pour l’industrie depuis les années 1940, elles regroupent notamment des substances telles que l’acide perfluorooctanoïque (PFOA), un composé utilisé dans la production et la transformation de certaines matières plastiques, l’acide perfluorooctane-sulfonique (PFOS) aux propriétés hydrophiles et hydrophobes, l’acide perfluorononanoïque (PFNA) et l’acide perfluorohexane sulfonique (PFHxS), des tensioactifs. Des substances aujourd’hui utilisées dans l’industrie du textile, de l’ameublement, de l’automobile, les produits ménagers, la construction, la transformation des aliments, l’électronique…

A quoi ça sert ?

Leurs propriétés physico-chimiques (résistantes aux chaleurs intenses ou aux acides, à l’eau et aux graisses…) expliquent leur présence dans nombre de produits de consommation et applications industrielles. Elles sont largement utilisées comme antitache, hydrofuge, imperméabilisant, antigraisse, et antiadhésif. On les retrouve donc tant dans les vêtements outdoor, tapis, moquettes et couettes que dans les ustensiles de cuisine, les emballages alimentaires en papier et carton, les mousses anti-incendie, les isolants de fils électriques, les cires à parquet, les vernis et peintures, certains pesticides et médicaments et même dans les produits cosmétiques. Vous les connaissez certainement sous les marques Teflon, Scotchgard, Stainmaster et Goretex.

Des polluants redoutables

L’inconvénient des PFAS ? Leur très lente dégradation après utilisation ou rejet dans l’environnement. Certaines pourraient subsister 1 000 ans dans le sol ! On redoute aussi leurs répercussions sur la flore, la faune… Car les composés perfluorés sont capables de migrer rapidement dans les sols et de s’infiltrer dans les nappes souterraines. Ils peuvent aussi passer à travers les traitements d’eau et contaminer les poissons ou encore aller du sol vers les plantes et notamment les parties comestibles de plants de fruits et légumes (fraise, laitue, etc. ). C’est ainsi que l’on peut les retrouver dans nos organismes, notamment dans le sang, le foie ou les reins, où ils s’accumulent au fil des ans. Quatre à cinq ans seraient nécessaires avant que la moitié de la quantité originelle ne soit dégradée. Contre par exemple seulement quelques heures pour le bisphénol A, un autre perturbateur endocrinien interdit en France depuis 2015 dans les contenants alimentaires. Capables de « voyager » sur de longues distances, les composés perfluorés ont même été retrouvés dans des organes d’animaux vivant en Arctique.

Des risques bien réels

Parfois, certains perfluorés renforcent les effets néfastes d’autres perturbateurs endocriniens. Les PFAS peuvent pénétrer dans l’organisme par inhalation, notamment chez des professionnels en contact avec ces molécules (pompiers), via la peau (vêtements imperméables, cosmétiques), mais surtout par notre alimentation : l’eau que l’on boit, mais aussi tous les aliments contaminés par de la terre ou de l’eau polluées. Les poissons, mollusques et crustacés (surtout de rivière), les fruits (les PFAS peuvent être absorbés par les racines des plantes), les œufs sont des vecteurs importants, ainsi que les emballages alimentaires et les surfaces antiadhésives. La première étude de Santé publique France sur les PFAS (2019) avait d’ailleurs démontré que la contamination était généralisée, avec de fortes concentrations pour une personne sur seize, notamment des professionnels « de la construction, la réparation d’automobiles, le bâtiment, la mécanique générale, la maintenance industrielle, l’industrie chimique, la fabrication de chaussures et l’industrie du bois (ébéniste) ».

Des conséquences sur notre santé

L’accumulation de ces substances dans le corps humain est soupçonnée de favoriser de nombreuses pathologies : taux élevé de cholestérol, cancer des testicules et du rein, affections du foie, hypothyroïdie, obésité, petit poids et petite taille à la naissance, retard de puberté et même diminution de la réponse du système immunitaire à la vaccination. L’augmentation du nombre de cas de maladie de Parkinson, d’Alzheimer ces dernières décennies pourrait aussi refléter l’implication de ces substances dans certaines pathologies du système nerveux.

Selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), les enfants seraient le groupe de population le plus exposé : «L’exposition pendant la grossesse et l’allaitement est le principal contributeur à l’apport en PFAS chez les nourrissons. »La mère peut les transmettre à son fœtus et on a retrouvé ces substances dans le lait maternel. Selon Valérie Siroux,chercheuse à l’Inserm (Unité 1209), « des analyses suggèrent que l’exposition prénatale aux composés perfluorés pourrait être associée à une fonction respiratoire diminuée chez l’enfant ».

A éviter autant que possible

Première règle pour limiter l’exposition aux substances dangereuses : bien lire les étiquettes avant d’acheter et fuir les mentions «Teflon », « Hostaflon », « Algoflon », « Ertaflon », « Scotchgard » qui toutes renferment des composés perfluorés.

Eviter aussi tous les matériaux traités aux PFC (perfluorocarbures) : moquette, mobilier de salon, literie et accessoires. Remplacer ses poêles et ustensiles de cuisine à revêtement antiadhésif par leurs cousins en acier inoxydable, en verre, en céramique, en fonte et ceux qui portent la mention « sans PFOA ». On peut aussi utiliser un panier vapeur pour réchauffer les aliments dans une casserole sans qu’ils n’accrochent. Fini aussi la vaisselle en papier ou en carton et se méfier des emballages type fast-food et antigras. Au rayon des cosmétiques, choisir des produits, sans ingrédients « PFTE » ou « perfluoro ». Quant aux vêtements, certains sont imperméabilisés grâce à des cires naturelles…

Vers une interdiction ?

Le 14 octobre dernier, l’Union européenne a défini une stratégie « vers un environnement exempt de substances toxiques » et porté une attention particulière aux substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) « étant donné le grand nombre de cas de contamination du sol et de l’eau – y compris de l’eau potable – par ces substances dans l’Union européenne et dans le monde, et eu égard au nombre de personnes touchées par une multitude de maladies et aux coûts économiques et sociétaux y afférents ». Aussi la Commission a-t-elle proposé une série d’actions pour lutter contre l’utilisation des PFAS et la contamination par ces substances. Elles visent en particulier à interdire l’utilisation des PFAS dans l’Union européenne, à moins qu’il ne soit établi que cette utilisation est essentielle pour la société.

Cet article a été publié dans le magazine Nous Deux numéro 3857.

The post Faut-il se méfier des perfluorés ? first appeared on ProcuRSS.eu.

Menu